Notre démarche


Parole d’une agricultrice du Nord

Nous avons marché, un bandeau sur les yeux.
On nous a dit : « Investissez ! Produisez !
Le progrès fera de vous des dieux…
Produisez plus et plus encore. Allez-y à fond !
La performance ou la disparition… »

Nous avons suivi les consignes.
Les emprunts, les machines.
Les emprunts pour payer les machines
Et les machines pour payer les emprunts.-
Gagner du terrain,
Avaler son voisin…
Débrider son moteur,
Grossir les montagnes de beurre,
De sucre, de viande et de blé
Et puis regarder,
Impuissants,
Les prix dégringoler
Sur l’autre versant…

Un seul moyen pour t’en sortir :
Force la dose, force la vache,
Force le sol… Cravache !
Ou tu vas mourir…

Mon époux, réveille-toi c’est un cauchemar !
Tu trimes la tête en bas,
Tu engraisses ceux qui t’écrasent…
Abruti, ne vois-tu pas
Qu’ils ont dénaturé ton labeur ?
Parfois cependant, tu le dis si bien :
« Descendu de mon tracteur,
Je ne suis plus rien… »

Comment avons-nous cru aussi longtemps
Qu’en détruisant la mère
On nourrirait les enfants… ?
Comment n’avoir pas compris auparavant
Que la paix sur la Terre
Passe par le respect de tous les paysans ?

Rebelles et solidaires,
Puissions-nous amorcer un virage salutaire,
Nous détourner des circuits
Qui nous tiennent asservis
Et bannissent, au Sud, les paysans, nos frères.

Qu’à nos propres yeux apparaisse notre vraie grandeur
Et notre urgente raison d’exister :
La Vie -toute vie- est sacrée…
Soyons ses irréductibles défenseurs !

Ch. Faux



Ce poème a été lu, entre autres, à la demande du Centre National de Coopération au Développement (CNCD-11.11.11.), au Festival Esperanzah en 2006, organisé sur le thème de la souveraineté alimentaire.

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